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Transport de supporters


likorn

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En Suisse, le transport de supporters de foot est une obligation légale pour les CFF, ils sont tenus de mettre à disposition des trains spéciaux pour ces évenements, en concertation avec la police et les clubs. Le but étant de canaliser les supporters et d'éviter de les retrouver dans les trains réguliers.
Les transports par car sont possibles, mais souvent mois rapides et plus compliqués à gérer, du coups c'est le train qui transporte.

Sur le PIPER (paix à son âme), je constate que l'on m'a mis un numéro de tour que je n'ai encore jamais vu. La prestation prévue est bizarre, absolument improductive puisqu'elle contient bien 50% de trajet haut-le-pied (soit comme voyageur) ce qui n'est pas dans les habitudes de la maison...

Je constate qu'une ANOR, une annonce de l'Infrastructure, est liée. Elles contiennent en générale toutes les mesures relatives aux trains supprimés ou supplémentaires et sont souvent synonyme de travaux. Mais là, le titre est bien plus explicite "Fanzug", soit "Train de supporters".

C'est ma première fois, je constate que le point 1 "Généralité" mentionne en gras le respect de vitesse particulière imposée par la marche, chose que je n'ai jamais vu. L'explication est ajoutée en dessous "afin d'empêcher la descente de supporters dans les voies, l'arrêt du train doit autant que possible être évité".

Quelques jours plus tard, me voilà en train d'attendre à Yverdon, bon agent, je me suis enregistré sur le téléphone alors que d'habitude, en bon romand, je ne pense jamais à le faire. Dix minutes avant l'arrivée prévue, celui-ci sonne et une voie féminine s'annonce avec un fort accent suisse-allemand:
-Salut, c'est Nelly la cheffe de train, le mécano il va arrêter au début du quai pour la relève. Faut pas de porte à quai et faire vite, tu as compris?".

Limpide, simple, logique. Je me rends au début du quai et quelques minutes après voit apparaitre ma Re 4/4 qui tire ses Bpm vertes aux angles marquée du signe attribué à la flotte "Fanzug". Lorsqu'elle s'arrête, je vois des têtes se pencher par les fenêtres, j'entends quelques tambours, rien de plus. Le mécano me dit que tout va bien, qu'il y a 48 essieux, que c'est Grasshopper et qu'ils sont plutôt sympa. Je m'installe en lui souhaitant un bon retour et remet de suite des touches histoire de juste décoller la rame, et c'est ensuite que je commence à sortir ma marche et tout le fourbi qui va avec.

Les vitesses particulières m'amusent assez vite, je constate par exemple que dès Cossonay, je devrais rouler à 15km/h, un autre secteur vers Lausanne-Triage est prévu à 20, des vitesses assez inhabituelles en sommes mais qui ne demandent aucune concentration particulière. Je contemple mon train, il y a quelques banderoles qui flottent, mais aucun projectile, c'est calme et le trajet jusqu'à Genève se déroule sans encombre.

A Genève, nous voici pris sur voie 1, laquelle est totalement fermée au public. Je constate la présence de quelques agents en tenue anti-émeute sur les quais adjacents, mais rien de très impressionnant. Au passage de la gare par contre, les chants recouvrent presque le bruit des ventilateurs de ma BoBo et une bonne dizaine de gros pétards fusent, j'aperçois même une fusée éclater sur le quai des voies 2 et 3, ouvert aux voyageurs.

J'aborde la tranchée couverte de St-Jean, puis le viaduc de la Jonction et c'est avec amusement que je vois un presque feu d'artifice partir des voitures derrières moi. Voici déjà le tunnel de la Batie, avec son et lumière. La traversé de La Praille se fait par les voies lac, lesquelles sont d'ailleurs presque vide. Il est vrai que les prescriptions locales de "GEPR" indiquent clairement que les soirs de match aucun produit dangereux ne doit se situer dans ce secteur.

Lorsque j'arrive au bout du quai de Genève-Stade, je constate lors de mon freinage d'arrêt que la CG se vide. On m'a tiré un frein, le public est pressé de descendre. Sur le quai, une bonne cinquantaine d'agent en tenue anti-émeute encadre des supporters très bruyants et agités mais qui n'ont pas l'air de tenter quoi que se soit de violent.  À ma hauteur, un agent de manœuvre me demande de baisser le pantographe pour couper et "faire le tour". Pendant qu'il s'affaire, je demande à la Cheffe de train de rechercher le frein d'alarme tiré "ho oui, je suis déjà en train de le faire, ils font ça souvent".

Après avoir fait le tour puis amené la rame sur une voie de La Praille, voilà que la Cheffe revient avec l'agent de manœuvre : "écoute faudrait raccourcir ta pause, y a une bagnole sans vitre, on va la virer ici". Et nous voilà parti...

Ceci fait, je profite des 30 dernières minutes de match pour aller voir les bagnoles, souillées de bières, de canettes et de bouteilles. Je constate que les gugusses sont bien organisés, dans les WC de certaines voitures je trouve des palettes entière de boissons! Les mecs sont venus avec des transpalettes pour assurer leur ravitaillement. Ailleurs, on trouve tous les instruments nécessaire pour faire un bon orchestre de gugenmusik. Partout trainent des affaires plus ou moins personnelles.

Je discute aussi avec la Cheffe et ses deux agents, et tout en me défendant de tout machisme, m'étonne de savoir que trois femmes accompagnent le train. La réponse est plutôt déconcertante :
-Ho mais ils sont sympa avec nous, on se met en queue et ils nous oublient.
-Mais vous êtes seules?
-Oui, y a deux agents de police parfois mais pas souvent, pas aujourd'hui. C'est mieux sans, ils sont moins agressifs.
-Mais on t'a demandé de faire ça?
-J'adore ces trains.

Interloqué, je retourne à ma machine puisque l'heure approche. Nous refoulons, puis alors que les trois agentes de train viennent taper la causette à ma hauteur, le match se termine. Sur le quai, il reste une vingtaine de policiers mais d'autres rappliquent rapidement.

"Ils ont perdu", me dit la cheffe.

La mine des supporters est assez sombre en effet, pour ceux qui ne sont pas totalement gris on verrait même un peu de colère. Il y a toujours des pétards, des fumigènes et des banderoles. Le flot s'entasse dans le train, puis après 20 minutes de chargement la cheffe me donne le départ.

Je me mets en route, et voici que la CG vidange, puis re-remplit. Je constate la même chose sur les aiguilles de sortie mais sans que la CG ne remonte, je préfère éviter l'arrêt avec la tête dans le tunnel, la queue du train étant à hauteur de la halte de Lancy-Pont-Rouge, et ponte le frein avant d'appeler la Cheffe :
"Ha oui, ils essayent de pouvoir aller s'expliquer avec les fans de Genève je pense".

Sous le tunnel de la bâtie, je sens qu'ils se lâchent, ça explose dans tous les sens, c'est plutôt impressionnant. Au niveau du viaduc de La Jonction, la traversée des piétons est interrompue, et avec raison vu tout ce qui vole.

À Genève, on me prend voie 7, la voie internationale, mais commutable, dont le quai est bien moins emprunté. La voie 6 est aussi inaccessible aux voyageurs avec forces barrières et si j’aperçois quelques agents de la police ferroviaire, il n'y a aucune tenue anti-émeute. Fondamentalement, je pense que l'idée est que je déguerpisse et que rien ne soit pris comme une provocation. Voilà déjà le signal de sortie, que je franchis sans plus d'encombre.

Ma marche prévoit un relevage à Denges-Echandens, lieux totalement inhabituel. La cheffe me rappelle pour m'ordonner à nouveau de m'arrêter au début du quai, endroit auquel un autre mécano m'attend pour reprendre la suite. Depuis Genève, rien de particulier ne s'est passé, j'annonce donc au collègue que tout va plutôt bien, qu'il y a 44 essieux et que j'ai ponté le frein. Puis je prends le temps de m'éloigner un peu et de voir passer le train qui repart, dans les voitures il y a des tambours, des gens qui dorment, au moins un fumigène allumé, beaucoup d'alcool et apparemment un tas de discussion passionnées.

Finalement, ça c'est bien passé, et j'ai bien aimé.

 

Modifié par likorn
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