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Le Web des Cheminots

Trois jours


likorn

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Un témoignage fort.

J'ai souvent eu cette même idée quand je roulais : "si je tape, tant pis pour le mec qui sera en dessous, ça me fera des jours". Sans doute pour mieux fuir la réalité de l'affaire. Sans doute aussi pour se poser immédiatement dans la position qu'est celle du conducteur dan pareil cas : une victime.

Modifié par Nipou
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Invité JLChauvin

Pour avoir vécu la même chose "en direct" et à 210 km/h, ton récit me rappelle bien des souvenirs... un Bordeaux-Lille interrompu à Sainte-Maure par une belle journée de printemps.

Merci de ce témoignage si bien raconté.

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ça fait froid dans le dos,je crois comprendre ce que l'on ressentir "on l'a tué" "pourquoi moi" "et son dernier regard s'était merci?" " et la douloureuse " mais si j'avais" , a tout ça je ne vois qu'une

seule réponse : le désespéré qui se jète sous le train "victime" l'ADC dans la solitude de sa cabine "victime" et les questions sont inutiles , ont elles des réponses ?

oui je sais, plus facile a dire qu'a vivre!!!

et dire que certains crois que votre job est facile (toujours en congé , on appui sur le bouton est ça roule, etc)

courage il faut remonter sur la loc et avant de disparaitre dans ta cabine regarde sur le quai il y aura dans yeux d'un enfant l'admiration et le rêve d'un futur cheminot

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Merci à toutes et tous pour vos messages. Néanmoins, même si je mentionne la période de nouvel-an, ça date d'avant. C'est juste que la période m'y a fait penser. Dès lors, ne vous en faites pas, c'est surmonté depuis belle lurette.

Mais c'est gentil, encore merci.

j'ai souvent eu cette même idée quand je roulais : "si je tape, tant pis pour le mec qui sera en dessous, ça me fera des jours". Sans doute pour mieux fuir la réalité de l'affaire. Sans doute aussi pour se poser immédiatement dans la position qu'est celle du conducteur dan pareil cas : une victime.

C'est d'ailleurs un tabou. J'ai le souvenir d'une engueulade entre un pompier CFF et un mécano, le second arguant qu'avoir ce genre de pensées, parfois, ne faisait pas de lui une sorte de monstre sans coeur. Le premier ne comprenait pas. Et pourtant ceux qui rigolnte le plus à propos des choses les plus horribles, c'est bien les secouristes...

Mais bref, parler avec désinvolture de ce genre de chose, de la mort, ça fait toujours mauvais effet auprès de ceux qui ne l'ont jamais côtoyée. C'est dommage, le rire est une très bonne arme dans ces situations là.

ton récit me rappelle bien des souvenirs... un Bordeaux-Lille interrompu à Sainte-Maure par une belle journée de printemps.

C'est une quasi-constante. Rien ne permet de deviner que ça va arriver.

Ça m'a fait penser aux derniers jours d'un condamné, avec le narrateur qui ne pouvait pas concevoir que la cour le condamne à mort par une après-midi ensoleillé d'été, fenêtres grandes ouvertes sur le parc dans lequel les oiseaux chantaient. Là c'est un peu pareil, tout est normal, rien ne change ni ne s'arrête; la mort ne s’embarrasse pas de mise en scène car au finale elle fait partie de la vie.

Peut-être aussi "6 jours à l'abri d'une récidive"

Heureusement non. Mais c'est vrai que j'y ai pensé.

Par contre, j'ai tâché de ne pas le craindre car on n'y peut rien. Au final, je n'ai été que spectateur, exactement comme si j'avais vu un type sauter depuis un pont.

ça fait froid dans le dos,je crois comprendre ce que l'on ressentir "on l'a tué" "pourquoi moi" "et son dernier regard s'était merci?" " et la douloureuse " mais si j'avais" , a tout ça je ne vois qu'une

seule réponse : le désespéré qui se jète sous le train "victime" l'ADC dans la solitude de sa cabine "victime" et les questions sont inutiles , ont elles des réponses ?

oui je sais, plus facile a dire qu'a vivre!!!

Je ne l'ai pas tué, ça n'a pas vraiment été une question ou un problème.

En effet le "pourquoi moi" n'a aucun sens. À l'origine je ne devais pas faire ce train, j'ai changé de tour avec un copain parce que j'avais envie de finir à une heure différente, et j'avais un peu de retard. Si j'avais été à l'heure, si si si etc... il aurait sauté sous un autre train, le résultat aurait été pareil pour lui. Moi je ne faisais que passer. Là non plus ça n'a pas causé problème.

Enfin, le "si j'avais" ne m'a pas poursuivi non plus. Parce que clairement je ne pouvais absolument rien faire.

Non, ce qui est frappant, c'est simplement de voir, de sentir, d'entendre la mort. La mort violente.

Depuis que l'homme est homme, la mort lui échappe, il se demande ce qu'elle est. C'est ça qui est très perturbant selon moi, c'est de voir l'incompréhensible. Une vie disparaît en une fraction de seconde, et au final le résultat est à peu près le même que si quelqu'un avait saigné du nez. Ça renvoie à des questions existentielles éternelles: le sens de la vie, tout ça.

Je n'ai jamais eu aucune haine, rancune ou quoi que se soit contre le mec qui a sauté. Pour s'ôter la vie, il faut quand même avoir de sacrés raisons, surtout que se mettre sous un train oblige à outrepasser tous les réflexes de survie de l'être humain. Mais par contre je me demande encore - et j’espère n'avoir jamais la réponse - comment on en peut arriver à la conclusion que l'on doit se supprimer et arriver en plus à le faire. Pour un bon vivant comme moi c'est une énigme insoluble.

Bref, ce ne fut pas un traumatisme, mais ça n'a pas été anodin non plus.

[EDIT]

Ah! par contre ça m'a beaucoup appris sur moi même cette expérience. Sur ma façon de fonctionner pour gérer des situations stressantes et potentiellement destructrices. Et ça m'a aussi permis de me rendre compte que j'avais un cercle d'amis et familiale très réactif et solide. Ça aide, énormément.

Parce que vider son sac, en parler, transformer cette histoire en une anecdote de vie, c'est primordial.

Modifié par likorn
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Invité technicentre

C'est d'ailleurs un tabou. J'ai le souvenir d'une engueulade entre un pompier CFF et un mécano, le second arguant qu'avoir ce genre de pensées, parfois, ne faisait pas de lui une sorte de monstre sans coeur. Le premier ne comprenait pas. Et pourtant ceux qui rigolnte le plus à propos des choses les plus horribles, c'est bien les secouristes...

Mais bref, parler avec désinvolture de ce genre de chose, de la mort, ça fait toujours mauvais effet auprès de ceux qui ne l'ont jamais côtoyée. C'est dommage, le rire est une très bonne arme dans ces situations là..

Je suis secouriste, et je fais régulièrement des visites en dessous...

Sur qu'une bonne rigolade permet de faire passer les choses, même si ça peut choquer une personne extèrieure. C'est une carapace qu'on endosse mais il faut pouvoir l'endosser...

J'ai aperçu une demande d'interwiew de je ne sais plus quel organisme sur le métier de conducteur... ça me semble un bon départ... Mais, à ce propos, je rappelle juste que le métier de cheminot ne se limite pas seulement à la conduite, à la vente, au contrôle, ETC... Nous constituons un groupe compact de personnes qui se connaissent plus ou moins les uns les autres et on ne peut se passer de plus personne...

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. Nous constituons un groupe compact de personnes qui se connaissent plus ou moins les uns les autres et on ne peut se passer de plus personne

techni avec cette phrase tu resume à mes yeux le probleme vous étes une corporation, un monde a part avec son langage , une histoire et ses secrets pour les non initiés(es) les frontieres ne vous arrêtent pas ,je ne suis meme pas sur

que la notion de nationalité , la langue est un sens pour vous , je mélange 2 cheminots un francophone et un autre du bout du monde en 48 h il auront plus besoin de l'interprète pour faire rouler les trains( j'exagere à peine)

le monde qui vous entoure à du mal a vous comprendre , c'est normal, mais soyez fier de votre métier comme l'était mon beau- pére qui est mort a 60ans les poumons aussi plein que le cendrier d'une 141R ( la silicose) , on vous traitent

de nantis de fonctionnaires , a son épouse ainsi qu 'a celles de ses cammarades ont disaient " femme de mineur, femme de seigneur" et oui il faisait parti lui aussi d'une corporation : les mineurs des houillères de france !!!!!!

Modifié par mikado43
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Bref, ce ne fut pas un traumatisme, mais ça n'a pas été anodin non plus.

[EDIT]

Ah! par contre ça m'a beaucoup appris sur moi même cette expérience. Sur ma façon de fonctionner pour gérer des situations stressantes et potentiellement destructrices. Et ça m'a aussi permis de me rendre compte que j'avais un cercle d'amis et familiale très réactif et solide. Ça aide, énormément.

Parce que vider son sac, en parler, transformer cette histoire en une anecdote de vie, c'est primordial.

comme à beaucoup d'autres cela fait revenir des situations vécues ... bien qu 'il n'y a pas besoin de cela pour que reviennent en tête des images datant de de 20 et 40 ans..

et a cette époque pas de relève , pas de congés ..il fallait essayer de faire le vide dans sa tête ,de continuer les jambes flageolantes et la tête ailleurs

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  • 5 semaines plus tard...

Je ne sait plus ou je l'ai lu mais certains ADC sont tellement choqués qu'ils ne peuvent jamais remonter en cabine. Sans relève ça devais être l'enfer.

je n'ai pas connu ce genre de cas...mais cela a du être possible..

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Je ne sait plus ou je l'ai lu mais certains ADC sont tellement choqués qu'ils ne peuvent jamais remonter en cabine. Sans relève ça devais être l'enfer.

de nos jours je serai curieux de connaître le sort réservé . Modifié par Fred
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Je ne suis pas sur de bien comprendre le sens de ta phrase.

Le sort réservé à qui, et suite à quoi?

Mais dans tous les cas, un mécano qui ne peut plus remonter sur sa machine devra se ré-orienter, que se soit dans l'entreprise ou pas. On peut se mettre en arrêt maladie, mais après deux ans au plus tard (et l'assurance n'aura surement pas cette patiente) faudra envisager de faire autre chose.

Modifié par likorn
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Invité technicentre

Je suis ancien apprenti promotion 81/83 du centre de la Garenne...

Nous avions un ancien tractionnaire comme maître d'apprentissage en ajustage...

Il avait été descendu de machine pour avoir culbuté en sortie d'un tunnel du côté de Perpignan...

Régulièrement, il se postait à un des robinets de frein nous servant à nous entrainer à faire de l'expertise de pièces complexes...

Une fois à "son poste de conduite", il revivait SON accident... Tout son corps remuait, de la tête aux pieds au rythme de SA machine... Puis, d'un seul coup, en sortant d'un tunnel il apercevait le chien, hurlait après ce chien qui n'existait que dans sa tête, son cauchemard... Il balançait tout dans le coin et plongeait littéralement dans un coma qui durait quelques instants... Il revenait à lui, se secouait et se précipitait au vestiaire d'où il ressortait pour aller ensuite aux WC et revenait enfin vers nous en sentant le mauvais vin...

Tout le monde voyait, personne n'osait lever la tête, et tout le monde rentrait la tête dans les épaules, redoutant de l'affronter...

ça lui arrivait de façon pas régulière, mais personne ne rigolait en en ayant pitié...

Il a été maintenu à ce poste pendant plus de 20 ans...

C'était une tête de con mais il avait un sacré coup de patte le Tonton (son surnom)...

Il a pris sa retraite alors que j'étais à l'armée et il doit être décédé depuis des lustres...

Personne n'a jamais été mis officiellement au courant de son cauchemard... Mais il hurlait tellement lors de ses crises en racontant tout ce qui se passait que personne ne pouvait ignorer une seule partie ou détail de sa douleur...

Il y avait eu tentative de le remettre sur machine après une période pour voir si ça ne l'aiderait pas à s'en sortir... Il était arrivé dans un tel état alcoolique ce jour là que ce ne put être mené à bien...

Il a fini sa triste vie pro à l'apprentissage et je mettrais ma main au feu qu'il n'a pas dut survivre longtemps à sa mise en retraite...

Triste vie brisée à jamais...

J'y pense encore quelques fois encore maintenant.

Pauvre Tonton...

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À la SNCF je ne sais pas, mais ax CFF non on ne cherche pas à te pousser dehors. J'entends avoir des griefs parfois contre mon employeur, lui trouver des aspects perfectibles, mais il ne faut pas être injuste et autant mon supérieur direct que la machine administrative se sont mis en branlent pour m'aider.

J'ai reçu des appels de psychologues, mon chef est resté plus de trois heures avec moi alors qu'il avait congé, la feuille m'a appellé pour prendre des nouvelles...Non on ne cherche pas à te pousser dehors, néanmoins tu ne peux pas rester en arret durant 30 ans, c'est un fait.

Si après deux ans tu n'es pas remis, tu as peu de chance de l'être un jour.

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