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Le blog du web des cheminots
Inhabituelle routine PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Nipou   
Samedi, 26 Décembre 2009 22:37
Feuille00h30, déjà 4 heures que la « journée » a commencé. La nuit est humide et froide alors que le gestionnaire des moyens griffonne frénétiquement ses graphiques pour la journée suivante : quelle machine sur quel train, comment faire rentrer telle machine pour sa maintenance, comment mettre un conducteur sur chaque train alors que les compétences sont différentes, les besoins tout autant … la routine du pré-opérationnel.
Routine, ce mot dont chaque GM profite quand il se présente car trop souvent chamboulé. 00h30, divers incidents sont déjà venus ponctuer cette nuit: engins qui ne démarrent plus alors qu’ils sont au milieu de la station gasoil (et que ça bouchonne derrière), alarme sur une station d’épuration avec visite de constatation de défaut obligatoire (hum, ce délicat fumet), demande d’assistance d’un triage qui manque de place pour stocker les machines qui devaient rester chez lui …

Routine ? Pas eu le plaisir d’y gouter aujourd’hui tant les problèmes se sont accumulés depuis l’embauche. Problèmes qui ne trouvent qu’un seul décideur la nuit: le gestionnaire des moyens du dépôt. Décider seul de tout et pour tout, décider aussi bien de lever une protection de voie que d’appeler le service électrique pour enfin faire taire cette alarme qui ne veut s’éteindre depuis 21h. Décider dans l’urgence, toujours. Le train est réglé, le grain de sable n’est pas une composante de la prévision aussi à chaque grain, c’est l’ensemble qu’il faut repenser.

4h00, la situation semble stabilisée, plus que 30 min avant de passer la main à un autre. Stabilité, le mot qui n’existe que pour mieux cacher la tempête qui arrive. Le conducteur se présente et découvre que la machine prévue pour son train ne fait pas partie de ses connaissances. Le grain de sable est là et fait d’autant plus enrager qu’il est du à une erreur humaine. Urgence, les minutes deviennent des micro secondes, le téléphone commence déjà à rougir des appels de chaque service qui s’inquiète de ne pas voir rouler ce train. Mais le grain de sable est un élément qui n’aime vivre que quand il peut s’assembler à d’autres pour faire tempête aussi dans un coin de son esprit, le GM angoisse devant la prochaine galère qui va éclater à n’en pas douter. Et comme tous les jours, il regrette d’avoir eu raison lorsque le téléphone sonne pour aviser que la navette routière vient d’avoir un accident et que le service est donc momentanément suspendu pour … un temps indéterminé. Pas de navette, pas de transport du conducteur jusqu'à la gare où son engin est stationné. Conducteurs qui se présentent justement, et puis un autre et puis encore un autre alors que le gestionnaire tente d’obtenir dans l’urgence une société de taxi.

4h30, tout est rouge, surtout le gestionnaire qui dans l’urgence passe ses consignes à son collègue qui sort de son lit. Les consignes ? Normalement les explications des prévisions de la journée mais qui encore une fois vont se résumer à dresser le tableau de la situation actuelle. Vite un café et chacun à son poste : le GM cédant sur la route pour rejoindre son lit, le prenant devant les problèmes qui eux ne font jamais de pause.

Cette fameuse routine ne serait-elle pas que cette suite de problèmes toujours différents et toujours urgents ?

 
Bloody boogie PDF Imprimer Envoyer
Écrit par aldo500   
Samedi, 05 Décembre 2009 16:08

Un petit matin d’hiver dans ma petite voiture d’urgentiste. Pas envie de travailler. Ça fait plusieurs nuits que je me trimballe en banlieue avec des températures autour de moins quinze. Le soleil brille, mais il fait toujours un froid de loup. Peu de travail, ce matin, j’ai bien envie de retourner sous la couette. Un petit crachouillis de la radio annonce un appel pour moi, tant pis pour le café que je m’apprête à prendre au bistrot voisin.
L’appel ne m’enchante pas beaucoup : un type qui réclame de la morphine, certes, mais vu le nombre de toxicomanes en manque que j’ai vu cette année, je ne suis pas très chaud. Je parcours les quelques centaines de mètres qui me séparent du domicile du patient, je prends ma sacoche, et je monte lentement les tristes escaliers d’un triste immeuble. 
La porte s’ouvre immédiatement après mon coup de sonnette, le patient me fait entrer et mes réticences s’envolent sur le champ. Après des années de pratique, on finit par saisir très vite l’ambiance des lieux ; on se sent bien tout de suite chez cet homme. Sa femme est là, discrète, l’homme est timide, mais son accueil chaleureux. Monsieur J m’explique qu’il est hémophile et qu’un choc a entraîné une hémorragie intra-articulaire de son coude. Effectivement, l’articulation est gonflée et malgré sa courtoisie, je vois bien qu’il souffre intensément. Exceptionnellement, je n’ai plus de morphine ni d’ordonnance spéciale sur moi ce jour-là. Devant sa détresse, je décide de repasser chez moi rapidement pour récupérer ce qu’il faut, tant pis pour le temps perdu.
Je reviens rapidement avec des comprimés de morphine, une injection étant peu souhaitable du fait de l’hémophilie.
Pendant la rédaction de l’ordonnance pour la suite du traitement, nous prenons le temps de discuter un peu et je remarque deux choses dans la pièce où nous sommes : un piano droit et juste au-dessus, une splendide photo encadrée: une 241P en plein effort. M. J a suivi la direction de mon regard mais n’a rien dit et vu l’intensité de sa douleur, je ne m’attarde pas à discuter de trains ou autres sujets futiles. Encore un patient que je ne reverrai sans doute jamais.

La semaine suivante, M. J rappelle pour un motif cette fois-ci bénin et je me porte volontaire pour aller le voir afin d’avoir de ses nouvelles. Il faut bien aussi avouer que la photo de la 241P m’intrigue. Même accueil chaleureux, d’autant que M. J n’a plus mal du tout. Il semble avoir été très touché du temps que j’ai pris la dernière fois pour le soulager rapidement.
Cette fois-ci, nous nous attardons à discuter tranquillement, et je ne peux m’empêcher de lui faire remarquer à quel point la photo accrochée au-dessus du piano me plaît.

Il est complètement ébahi :
« Vous connaissez les 241P, c’est incroyable ? »
Le sujet de la discussion devient très vite ferroviaire ; si je suis passionné, lui est complètement « fada » des trains.
Je suis aussi intrigué du plancher surélevé de la pièce. Il m’explique qu’étant musicien, il a dû faire des frais pour insonoriser la pièce car les voisins ne pouvaient plus supporter ses heures de piano.
« Vous jouez quel genre de musique ?
– du boogie, vous aimez ? »
Moi, un peu gêné : « Je connais très mal.
– Attendez, je vais vous jouer un petit truc. »
Il se met au piano et là, c’est le choc. Ce type a un swing et fait passer une émotion extraordinaire dans sa musique. Je suis complètement sous le charme et pourrais rester des heures à l’écouter. Même sans être spécialiste, je sais que c’est un grand monsieur.
Nous continuons ensuite à discuter autour de la musique et des chemins de fer. Il aime tellement les trains, que pour ses vacances, il loue un petit appartement, contigu à une petite gare du Massif Central. Il s’est lié d’amitié avec le chef de gare qui lui a trouvé un local désaffecté pour installer un vieux piano sur lequel il peut jouer tous les jours.
M. J, que le boogie nourrit assez mal malgré son talent, passe tous ses étés dans ce village au grand bonheur des cheminots locaux : ceux qui fréquentent cet endroit où passent encore quelques circulations viennent l’écouter dès qu’ils le peuvent.
L’amitié aidant, l’idée d’un concert dans la gare ouvert à la population locale se fait jour. M. J contacte des amis jazzmen qui ne sont pas des moins célèbres et que l’idée enchante.
Les musiciens seraient installés sur un quai, les spectateurs sur celui d’en face, en plein air.
C’est la fin de l’été et la saison des orages est là, tout le monde se rend bien compte que l’absence de couverture de la gare va rendre impossible le concert.
Le chef de gare prend alors la décision qui s’impose et donne ses ordres. Démarrage du locotracteur, un peu de manœuvre et voilà l’orchestre à l’abri, dans un wagon, portes grandes ouvertes et le public dans d’autres voitures sur une voie plus loin avec juste le recul nécessaire pour ne rien perdre du spectacle.
La fête a été totale. Je n’y étais pas, mais le bonheur de M. J quand il me l’a racontée parle suffisamment. Cet homme m’enchante. Je le reverrai plusieurs fois avec autant de plaisir. Il m’a fait cadeau de deux de ses disques, dont un sur le thème ferroviaire, avec des rythmes fabuleux.

Aldo

 
Détecteur d'incendie PDF Imprimer Envoyer
Écrit par michael02   
Vendredi, 02 Octobre 2009 21:48



Ma mère, factrice aux écritures, est affectée au poste de standardiste de la gare depuis trois ans. Récemment la SNCF a remplacé l'ancien meuble du standard téléphonique à fiches par un autocommutateur tout neuf, toujours prévu pour 2 opérateurs. Une des nouveautés, c'est que les appels entrants arrivent directement dans le casque et qu'il faut vraiment être disponible et ne pas déposer le casque sur la table ... Il y a bien la possibilité de mettre en route une sonnerie, mais ce n'est pas trop bien vu, et surtout impraticable quand il y a deux opératrices ou de trop fréquents appels. Autre contrainte, c'est la phrase à prononcer pour accueillir l'appelant extérieur, c'est à dire de la ligne PTT : de l'habituel et naturel "Gare de Montluçon, j'écoute", il faut désormais évoluer vers "Bonjour, ici gare de Montluçon, à votre service ..."

Il faut s'y faire et ça ne va pas de soi ...

D'autres consignes ont été données, mais une au moins a été oubliée... ou mal entendue. Et puis surtout, ma mère revient ce jour là de ses congés annuels.

Outre le changement de technologie, le bureau a été rénové du sol au plafond. La plupart du temps, selon les horaires en 2*8, il n'y a qu'une opératrice en fonction, avec parfois le renfort d'un autre agent lors des incidents notamment.

A midi, et le soir, il est habituel que l'agent prépare sur place la gamelle du déjeuner ou du souper ... et ce jour là c'est la première fois dans le local totalement rénové. Comme à l'accoutumée ma mère branche le petit réchaud électrique, et met son récipient à réchauffer... et à ce moment, bien sûr la sonnerie du standard retentit. Ma mère rejoint donc sa position, remet son casque et prend l'appel...

La communication dure depuis quelques instants, lorsque le contenu de la casserole sur le réchaud se met à fumer... et c'est alors que le détecteur se déclenche, douchant généreusement l'installation...

L'interlocuteur au téléphone doit entendre quelque chose comme un hurlement qui a aussi pour effet de faire accourir quelques collègues... qui  arrêtent le dispositf avant que tout ne soit inondé ...

"Trempée comme un soupe" comme il se dit dans le parler local, ma mère n'a d'autre choix que de prévenir mon père de lui apporter aussi vite que possible de quoi se changer ...

Et, c'est ainsi que ma mère fut sensibilisée à la prévention contre l'incendie !!! Quant aux indications relatives aux fumées et dégagements de chaleur, elles n'ont été apposées que quelques jours plus tard !


 
Le médecin voyageur PDF Imprimer Envoyer
Écrit par aldo500   
Jeudi, 17 Septembre 2009 17:13

Une activité plaisante en médecine, c'est d'aller en congrès. On y apprend parfois des tas de choses, parfois rien du tout mais l'autre intérêt, c'est que ça commence et ça finit en général par un voyage en train. Allez savoir pourquoi, les congrès qui m'intéressent sont toujours en province.


Ce jour là, c'était Bordeaux. Départ de Montparnasse en fin d'après midi.



Trousse_Urgence_SNCF

Comme par hasard, ça tombe toujours sur moi. Une voix venue d'outre-haut-parleur me réveille d'un assoupissement bien agréable: "Suite au malaise d'une jeune passagère, un médecin est demandé en voiture 20. Je suis en voiture 11 mais mon sang de héros ne fait qu'un tour et je m'y rends. Forcément, 10 voitures à traverser, je suis pris de vitesse par un confrère qui arrive avant moi. Mais bon, vingt ans comme urgentiste, je reste pour voir si je peux être utile. La jeune passagère a 11 ans et voyage seule, le contrôleur (langage de profane, je sais) me signale que sa mère (celle de la gamine, pas celle du contrôleur, évidemment) lui a signalé que sa fille venait de passer un scanner cérébral qui a mis en évidence une anomalie. Comme par hasard, la gamine se plaint de maux de tête ayant débuté par un malaise, des vertiges et tout et tout.


Les deux ASCT (je connais quand même les mots, hein?) sont un

peu tendus. Le confrère arrivé avant moi examine la petite rapidement avec le stéthoscope de la trousse d'urgence de la rame. Son seul commentaire "je ne trouve rien, ce stéthoscope est merdique" et le voilà reparti à sa douillette place. Le visage des cheminots s'allonge un peu mais je reste avec eux d'autant plus qu'une jeune consœur nous a rejoint. La jeune fille se sent mieux mais nous ne sommes pas encore arrivés.


 

Je dis au contrôleur: "raisonnons comme des professionnels, nous, Angoulême, dans combien de temps?"

- 10 minutes

A la petite: "tu descends où?'

- à Angoulème, maman m'attend.

 

Voilà votre problème résolu dis-je aux deux contrôleurs dont le visage s'éclaire. Ma jeune consœur est très impressionnée et nous examinons la trousse d'urgence du TGV en attendant l’arrivée et en gardant un œil attentif sur notre petite patiente à nous, l’équipe du 8547. Bien faite, cette trousse. Il y a à peu près tout ce qu'il faut pour faire face aux urgences les plus probables en attendant des secours un peu mieux équipés. Ca me rassure de la savoir sur tous les TGV, faire face à une urgence à mains nues, c'est particulièrement frustrant. D'autant plus que les gens qui font des malaises sont toujours dans MON TGV, allez savoir pourquoi.


Les deux cheminots et moi descendons sur le quai avec la petite et nous rassurons une maman morte d'inquiétude. Je regagne ma place en donnant des nouvelles rassurantes à une dizaine de voyageurs inquiets. Voilà, un voyage ordinaire d'un médecin voyageur. TGV à l'heure à Bordeaux bien sûr.

 

Je n'ai rien fait de spécial mais j'étais content quand même, allez comprendre.