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Le blog du web des cheminots
Une étape… douloureuse. PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Nipou   
Dimanche, 06 Juin 2010 17:16

grveUn sujet, que dis-je, Le sujet d’actualité récente à la SNCF : la grève. Il ne s’agit pas de prendre parti mais bien de chercher à comprendre son fonctionnement. Je vais donc prendre pour sujet d’étude une grève reconductible qui offre l’avantage d’offrir une image-temps assez longue pour comprendre et détailler.

Une grève, c’est quoi ? Avant tout une étape dans un cheminement de discussions. Avant il y a souvent eu négociation 1, après il y a négociation 2 mais pour faire le lien entre les deux, il y a la grève. Vous me direz qu’on pourrait bien sauter directement à la négociation 2… oui, mais le dialogue est ainsi fait qu’entre direction et syndicats on parle plus souvent de rapport de force que de construction. Le rapport de force est simple : je veux 10, tu veux 0, je veux 8, tu acceptes 2, je veux 6, tu acceptes 4… et vendu pour 5. Mais si je t’annonce que je veux 5 dès le début, on tombera d’accord sur 2,5, donc niet. De même, mon but (utopique assez souvent) est bien de réussir sur la base 10 donc hors de question de cogiter à partir de 5.

Voilà en quelques mots la mécanique apparente. Mais au-delà de ça, et là je vais faire un zoom sur la particularité des conducteurs car c’est celle que je connais le mieux, il existe des phénomènes bien plus profonds et bien souvent non supposés des acteurs. On retrouve différentes phases dans la grève, avec pour commencer une étape qui va monopoliser les efforts tant elle est importante : le rassemblement. Le rassemblement permet tout à la fois d’avoir plus de poids (en nombre d’agents) pour la négociation 2 et de perturber davantage les circulations. Perturber les circulations n’est pas un but mais un moyen d’inclure de force les usagers dans le groupe. Les usagers, ces millions de clients qui peuvent, par leur grogne, faire pencher la balance.

Un conducteur passe l’essentiel de son temps de travail seul. Il n’aime pas spécialement ça mais s’en accommode. Pourtant, comme tout être humain, il a besoin du contact de ses semblables et si possibles de ceux qui lui ressemblent le plus : les conducteurs, ceux qui vivent ce qu’il vit. Ces instants de rassemblement se résument bien souvent à quelques repas dans l’année, au détour d’un découché ou d’une journée de formation.

Une grève, c’est un rassemblement de gens avec une opinion similaire sur un problème donné, un moment où les unités forment un tout. Le groupe cherche continuellement à grossir et il suffit qu’il soit minime pour représenter une pression face à un non gréviste. Pression, le mot est lâché, aussi précisons bien vite un point essentiel : chacun est libre et les pressions exercées ne sont « que » psychologiques. Chaque unité gagnée renforce le groupe et affaiblit les isolés.

La pression, qui n’a d’autre but que le rassemblement. D’autres diront « information » suivant le degré de virulence des acteurs.  « Je t’informe du pourquoi et t’invite à en faire autant ». C’est généralement comme ça que ça se passe et là en effet, la pression est amicale et tant mieux. La vraie pression vient étrangement de l’entreprise et bien involontairement. En effet, depuis une récente loi, chacun doit déclarer avant ce qu’il va faire après et ceux qui ne déclarent rien sont considérés non grévistes et donc utilisés. Mais leur utilisation ne relève que d’un principe : tu perds toute ta programmation et tu fais selon les besoins. Premier point pas très sympa : je travaille (donc j’arrange la direction) et je me retrouve pénalisé dans ma vie personnelle (allez trouver une nounou entre « je ne sais pas qu’elle heure » et « je ne sais pas trop. » Deuxième point, les clients : furieux, ils grognent et si possible pas dans le vide. L’agent qui travaille se retrouve donc la cible des attaques alors que justement lui n’y est pour rien.

Aussi « information » des grévistes, aléas et déprogrammation du travail, injure des clients… un cocktail explosif. Et là où cet agent ne jugeait pas justifié d’être en grève, on retrouve un agent qui est fatigué, montré du doigt et dégradé par les clients. Notre agent est devenu gréviste, le groupe gagne une unité…

Cocotte-Minute, c’est un ustensile de cuisine mais aussi une phase dans notre cheminement. Le rassemblement fait, la pression continue à s’exercer mais en interne et en auto alimentation. En effet, chaque jour qui passe renforce un fait : les grévistes perdent de l’argent et là où ils auraient accepté 5 les premiers temps, il leur faut 8 pour trouver justification à tant de perte. Face à eux, une direction qui mise sur un fait : l’usure, cette cocotte devrait finir par fuir. Cependant c’est un jeu risqué car si la cocotte est de bonne qualité, elle ne va pas fuir mais exploser. D’autant que la communication de la direction ne fait bien souvent qu’augmenter le feu sous la cocotte. En effet, cette communication vise le même but : se mettre le client dans la poche ; aussi entendre une communication qui parle de soi mais qui ne nous est pas destinée est à coup sûr se tromper sur son sens et sa raison. Le groupe ne veut qu’une réponse, un mot qui est le ciment de l’ensemble : oui.
Tout le reste, qui va du non au peut-être en passant par le plus tard, est reconnu comme un affront de plus. Les réactions sont exacerbées, les sensibilités à fleur de peau. La communication entre les grévistes du pays marche à plein et les preuves d’actions (photo, vidéo amateurs, reportages) sont autant d’encouragement pour les autres à aller plus loin, plus fort ; Internet, le téléphone portable … autant de vecteurs, autant de canaux pour « exporter » l’envie de faire plus dans l’action. L’explosion approche, des signes avant-coureurs font jour (un peu comme un séisme avant une irruption volcanique). Les plus radicaux débutent une étape courte mais explicite : « Ils déconnent. » Déconner, c’est faire des petits actes de harcèlement afin d’exister, car une grève, c’est beaucoup de temps libre avec rien à faire qu’à attendre. Concrètement, déconner c’est construire un mur devant la porte d’entrée, subtiliser les clés des trains… Rien de bien méchant, mais des signaux : la cocotte va exploser. Cependant, dans ce temps comme dans les autres, le gréviste garde un point commun avec le non gréviste : la sécurité. On déconne, mais on ne met pas en jeu la sécurité des circulations. La phase de « déconne » est aussi une phase où on respecte l’appareil de production et c’est sa grande différence avec

la phase suivante: l’explosion.

Les freins, souvent les anciens qui contiennent l’ardeur des plus virulents, usent leur force peu à peu, eux aussi. Un jour, ils ne tiennent plus car et une unité engage une action, bien vite rejointe par d’autres, puis d’autres. On démonte des appareils, on coupe des câbles, on soude des pièces… Plus rien ne fonctionne, et pour longtemps. De même, les appareils qui ne servent plus depuis bien longtemps se retrouvent dans un état qui fait qu’avant de pouvoir être réutilisés, ils devront être testés, nettoyés… Ils retarderont d’autant un retour à la normale. Ca sera vrai pour les voies, les trains, les signaux…  Cette phase fait peur à tout le monde, grévistes, direction et clients, car elle engage des suites techniques (pour quelques jours) et des rancœurs (souvent pour plusieurs années) qui vont pourrir le système. Une fois arrivée à cette étape, la direction ne veut officiellement plus rien discuter avec des casseurs mais rêve en secret de stopper ce drame. Les syndicats ne veulent officiellement plus rien discuter avec une direction aussi obtuse (mais rêvent en secret de sortir de ce conflit sans fin). Chacun veut sortir et personne ne veut perdre. Aussi, comme en politique (car ne nous trompons pas, c’est bien de cela qu’il s’agit) les uns auront gagné, les autres n’auront pas perdu.

Ces conflits marquent. L’entreprise, les relations internes, le dialogue, l’image externe, les chiffres d’affaire, les clients… Ils deviennent avec le temps des points de repère idéalisés par la mémoire (« C’était avant ou après 1995 ? », «  En 1995 c’était autre chose », « En 1995 il n’a pas été réglo »).

La grève est un blocage ponctuel qui se révèle, avec le temps, n’avoir rien bloqué d’autre que les clients à ce moment là. Les réformes honnies n’ont été elles que légèrement retardées (et renommées). La direction n’y gagne rien ; ses réformes étant mal vécues, elles sont mal appliquées et donc partiellement inefficaces. Les prémisses du dialogue social sont à chaque fois remis à Zéro. L’entreprise se voit  chaque fois un peu plus attaquée par les médias et plus généralement par l’opinion publique. Les agents sont eux aussi perdants, car la grève est avant tout une grosse perte financière et ce contre quoi ils luttent revient généralement sous une autre forme, un autre nom, quelques mois plus tard.

Aussi, devant ce constat, posons nous la question : peut il y avoir relations sociales à la SNCF sans grève ?

Regardons autour de nous : les mouvements sociaux actuels sont de plus en plus violents, avec menaces de faire exploser des citernes de gaz, de répandre des produits chimiques dans une rivière, de retenir de force les dirigeants dans les locaux de l’entreprise… Autant de réactions extrêmes face à des attaques extrêmes. Car la virulence des actions n’est qu’une réponse au ressenti des réformes. Ainsi, l’entreprise qui, pour respecter la loi, propose un reclassement en Roumanie à 150 euros par jour, met ses salariés en position de victimes n’ayant que le recours du miroir de la violence.

À la SNCF, les mouvements sont assez souvent basés sur des craintes : peur des conséquences futures de telle ou telle réforme. Pour alimenter cette crainte, il y a l’actualité et les exemples que je viens de citer. On peut donc logiquement penser que la SNCF et ses relations sociales ne sont que le reflet de la société dans son ensemble, mais un reflet décalé, qui ne s’exprime non pas en réaction mais en prévision. On peut, pour imager, dire que c’est une entreprise qui vivrait avec dix ans de « retard » avec une fenêtre qui donne sur ce qui se passe aujourd’hui dans la société. Face à ses peurs, la direction se montre bien souvent désarmée, ne pouvant répondre à ce qui n’est pas encore arrivé. Elle s’en sort généralement avec des promesses, des accords rappelant des fondamentaux, qui ne durent que le temps que le dirigeant change de poste.

Alors la SNCF sans grève, est-ce possible ? Oui, dans le sens où la grève n’est qu’un moyen parmi d’autres d’exprimer un mécontentement, mais non dans le sens où plus la société sera violente envers ses salariés et plus les craintes internes seront alimentées. Ce n’est pas le dialogue social qu’il faut modifier dans la SNCF, mais bien le social qu’il faut remettre en avant dans la société. SNCF et société sont liées, mariées pour le meilleur et le pire, l’un ne changeant pas sans l’autre.

Certains sont pour le divorce; je veux croire que le mariage n’est pas encore totalement consommé.

 
Un chemin de fer de rêve PDF Imprimer Envoyer
Écrit par aldo500   
Dimanche, 28 Mars 2010 12:39

Je n’ai rien fumé ni mangé de bizarre, hier soir. Pourtant, il y a ce rêve étrange de cette nuit, tellement structuré, tellement réel et pourtant si décalé.
La bière ! Il faut que je retourne chez l’italien, je ne connais pas cette marque de bière. Et puis, le sourire ironique du serveur en me la servant…

Le rêve:

Un copain conducteur de banlieue me propose de l’accompagner sur une tournée. Il n’a pas de nom, pas de prénom, trente cinq ans environ. Il adore parler de ses Z5100.
On quitte Paris Auzterlitz pour Corbeil. La réalité est incontournable.
Rapidement, il me propose de prendre le manche. J’ai emprunté les 5100 pendant toutes mes années lycées et je ne suis pas du tout désorienté. 
Tout est cependant approximatif. Un Flaman approximatif, bien rouillé, un manipulateur qui ne ressemble à aucun manipulateur, des vitres frontales elles-même rouillées mais la visibilité reste bonne. 
Je tractionne, facile, c’est plat jusqu’à Juvisy. Le Flaman est devenu une vague aiguille rouillée sur le pupitre, elle finit par atteindre le seul chiffe visible : 120. Bon, marche au trait, facile.
On roule à l’heure. L’approche de Juvisy et ses multiples TIV. 80 puis 60, tout aussi rouillés que le reste, à peine visibles. Le grelottement décalé de la répétition j’acquitte.
Le H7a ne ressemble pas du tout à ce qu’il devrait être, le manomètre est rouillé, lui aussi.
Ca ne freine pas beaucoup, l’étrange KVB chante d’une voix très enrouée, j’accentue la dépression, il finit pas se taire.
Mon ami n’est pas stressé, il regarde le paysage d’un air distrait. Je ne ressens aucun stress non plus, pas d’émotion, pas de bruit.
L’avertissement est rouillé lui aussi mais on voit bien le jaune, freinage. Ah, j’ai dépassé ce qui devait être le carré, pas de prise en charge. Je me penche par la fenêtre, il est au vert, c’est bien ces signaux transparents qu’on peut observer après les avoir franchis, très pratique. Bon, comme j’ai vu le signal après l’avoir dépassé, je reste à 30 pendant deux cent mètres, du moins un trente approximatif car il n’y a plus d’indicateur de vitesse.
Entrée en gare de Juvisy. Sur cette tournée et seulement sur celle-là, Juvisy est en impasse.
Mon copain trouve que les bureaucrates qui font les roulements font des choses étranges.
Il y a peu de monde sur le quai. Avant de changer de bout, isolement du frein et tout le reste . En tout, cinq clés à retirer et à emmener pour mettre en service l’autre cabine.


Mon ami m’explique que la dernière clé qui est toute petite et qui m’échappe des mains sert à verrouiller les quatre autres, j’ignorais ça.
Nous nous dirigeons vers l’autre extrémité de la rame. Surprise , il n’y a pas de cabine de conduite et personne ne nous a prévenu. Mon conducteur va prévenir les agents de la gare afin d’informer le régulateur. La poursuite du trajet est annulé mais le train se remplit ; malheureusement, Juvisy n’est pas équipé de haut-parleurs et il n’y a pas de personnel non plus. Je fais remarquer à mon ami que ça va se terminer en émeute mais finalement, ça ne nous concerne plus.

5100
Je regagne, ou plutôt je suis de retour au Charolais, c’est immédiat. Le dépôt n’est pas celui que l’on connaît de nos jours, je me rends rapidement compte que je suis remonté dans le temps bien avant l’électrification.
Nous sommes sur une butte herbeuse très étendue à l'Est de la Seine que l'on aperçoit au loin. En contrebas, les voies très nombreuses occupent une immense plaine et il y règne une intense activité.
Le paysage fait penser à certains tableaux du dix-huitième siècle à la perspective parfois surprenante. Les engins moteurs du dépôt ressemblent plus à des restes de friche industrielle, on dirait l’antiquité du chemine de fer. Ma femme est à côté de moi et a emporté son reflex numérique, je réalise que si remonter le temps n’est pas une chose exceptionnelle , personne ne l’ a fait avec un appareil photo. Quelle aubaine, je vais pouvoir ramener des clichés et les poster sur le web des cheminots. Comme aucun des forumeurs n’était né à cette époque qui remonte bien avant la photographie, je jubile en pensant à certains qui découvriront ces clichés avec ravissement. Je pense en particulier à ceux qui ont une grande culture ferroviaire ou qui sont fanatiques des Z5100. J’ai tout de même une petite inquiétude par rapport à la légalité des photos prises en ayant remonté le temps, est-ce un motif de bannissement ? On verra bien, ça devrait faire un tabac dans la rubrique « Où que c’est, quoi que c’est ».
Un TGV qui siffle met fin à mes pensées. Comment ça, un TGV ? Mon réveil s’y met aussi, la gare Montparnasse toute proche m’a tiré de mon rêve.
Allez, au boulot. En passant près des voies, un petit coup de sifflet, une main de conducteur, un geste fugace. J’ai cru que c’était une 5100 et mon ami de cette nuit mais c’est simplement une 5300 qui part.
Bonne route camarade ! A une de ces nuits peut-être.

 
Inhabituelle routine PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Nipou   
Samedi, 26 Décembre 2009 22:37
Feuille00h30, déjà 4 heures que la « journée » a commencé. La nuit est humide et froide alors que le gestionnaire des moyens griffonne frénétiquement ses graphiques pour la journée suivante : quelle machine sur quel train, comment faire rentrer telle machine pour sa maintenance, comment mettre un conducteur sur chaque train alors que les compétences sont différentes, les besoins tout autant … la routine du pré-opérationnel.
Routine, ce mot dont chaque GM profite quand il se présente car trop souvent chamboulé. 00h30, divers incidents sont déjà venus ponctuer cette nuit: engins qui ne démarrent plus alors qu’ils sont au milieu de la station gasoil (et que ça bouchonne derrière), alarme sur une station d’épuration avec visite de constatation de défaut obligatoire (hum, ce délicat fumet), demande d’assistance d’un triage qui manque de place pour stocker les machines qui devaient rester chez lui …

Routine ? Pas eu le plaisir d’y gouter aujourd’hui tant les problèmes se sont accumulés depuis l’embauche. Problèmes qui ne trouvent qu’un seul décideur la nuit: le gestionnaire des moyens du dépôt. Décider seul de tout et pour tout, décider aussi bien de lever une protection de voie que d’appeler le service électrique pour enfin faire taire cette alarme qui ne veut s’éteindre depuis 21h. Décider dans l’urgence, toujours. Le train est réglé, le grain de sable n’est pas une composante de la prévision aussi à chaque grain, c’est l’ensemble qu’il faut repenser.

4h00, la situation semble stabilisée, plus que 30 min avant de passer la main à un autre. Stabilité, le mot qui n’existe que pour mieux cacher la tempête qui arrive. Le conducteur se présente et découvre que la machine prévue pour son train ne fait pas partie de ses connaissances. Le grain de sable est là et fait d’autant plus enrager qu’il est du à une erreur humaine. Urgence, les minutes deviennent des micro secondes, le téléphone commence déjà à rougir des appels de chaque service qui s’inquiète de ne pas voir rouler ce train. Mais le grain de sable est un élément qui n’aime vivre que quand il peut s’assembler à d’autres pour faire tempête aussi dans un coin de son esprit, le GM angoisse devant la prochaine galère qui va éclater à n’en pas douter. Et comme tous les jours, il regrette d’avoir eu raison lorsque le téléphone sonne pour aviser que la navette routière vient d’avoir un accident et que le service est donc momentanément suspendu pour … un temps indéterminé. Pas de navette, pas de transport du conducteur jusqu'à la gare où son engin est stationné. Conducteurs qui se présentent justement, et puis un autre et puis encore un autre alors que le gestionnaire tente d’obtenir dans l’urgence une société de taxi.

4h30, tout est rouge, surtout le gestionnaire qui dans l’urgence passe ses consignes à son collègue qui sort de son lit. Les consignes ? Normalement les explications des prévisions de la journée mais qui encore une fois vont se résumer à dresser le tableau de la situation actuelle. Vite un café et chacun à son poste : le GM cédant sur la route pour rejoindre son lit, le prenant devant les problèmes qui eux ne font jamais de pause.

Cette fameuse routine ne serait-elle pas que cette suite de problèmes toujours différents et toujours urgents ?

 
Bloody boogie PDF Imprimer Envoyer
Écrit par aldo500   
Samedi, 05 Décembre 2009 16:08

Un petit matin d’hiver dans ma petite voiture d’urgentiste. Pas envie de travailler. Ça fait plusieurs nuits que je me trimballe en banlieue avec des températures autour de moins quinze. Le soleil brille, mais il fait toujours un froid de loup. Peu de travail, ce matin, j’ai bien envie de retourner sous la couette. Un petit crachouillis de la radio annonce un appel pour moi, tant pis pour le café que je m’apprête à prendre au bistrot voisin.
L’appel ne m’enchante pas beaucoup : un type qui réclame de la morphine, certes, mais vu le nombre de toxicomanes en manque que j’ai vu cette année, je ne suis pas très chaud. Je parcours les quelques centaines de mètres qui me séparent du domicile du patient, je prends ma sacoche, et je monte lentement les tristes escaliers d’un triste immeuble. 
La porte s’ouvre immédiatement après mon coup de sonnette, le patient me fait entrer et mes réticences s’envolent sur le champ. Après des années de pratique, on finit par saisir très vite l’ambiance des lieux ; on se sent bien tout de suite chez cet homme. Sa femme est là, discrète, l’homme est timide, mais son accueil chaleureux. Monsieur J m’explique qu’il est hémophile et qu’un choc a entraîné une hémorragie intra-articulaire de son coude. Effectivement, l’articulation est gonflée et malgré sa courtoisie, je vois bien qu’il souffre intensément. Exceptionnellement, je n’ai plus de morphine ni d’ordonnance spéciale sur moi ce jour-là. Devant sa détresse, je décide de repasser chez moi rapidement pour récupérer ce qu’il faut, tant pis pour le temps perdu.
Je reviens rapidement avec des comprimés de morphine, une injection étant peu souhaitable du fait de l’hémophilie.
Pendant la rédaction de l’ordonnance pour la suite du traitement, nous prenons le temps de discuter un peu et je remarque deux choses dans la pièce où nous sommes : un piano droit et juste au-dessus, une splendide photo encadrée: une 241P en plein effort. M. J a suivi la direction de mon regard mais n’a rien dit et vu l’intensité de sa douleur, je ne m’attarde pas à discuter de trains ou autres sujets futiles. Encore un patient que je ne reverrai sans doute jamais.

La semaine suivante, M. J rappelle pour un motif cette fois-ci bénin et je me porte volontaire pour aller le voir afin d’avoir de ses nouvelles. Il faut bien aussi avouer que la photo de la 241P m’intrigue. Même accueil chaleureux, d’autant que M. J n’a plus mal du tout. Il semble avoir été très touché du temps que j’ai pris la dernière fois pour le soulager rapidement.
Cette fois-ci, nous nous attardons à discuter tranquillement, et je ne peux m’empêcher de lui faire remarquer à quel point la photo accrochée au-dessus du piano me plaît.

Il est complètement ébahi :
« Vous connaissez les 241P, c’est incroyable ? »
Le sujet de la discussion devient très vite ferroviaire ; si je suis passionné, lui est complètement « fada » des trains.
Je suis aussi intrigué du plancher surélevé de la pièce. Il m’explique qu’étant musicien, il a dû faire des frais pour insonoriser la pièce car les voisins ne pouvaient plus supporter ses heures de piano.
« Vous jouez quel genre de musique ?
– du boogie, vous aimez ? »
Moi, un peu gêné : « Je connais très mal.
– Attendez, je vais vous jouer un petit truc. »
Il se met au piano et là, c’est le choc. Ce type a un swing et fait passer une émotion extraordinaire dans sa musique. Je suis complètement sous le charme et pourrais rester des heures à l’écouter. Même sans être spécialiste, je sais que c’est un grand monsieur.
Nous continuons ensuite à discuter autour de la musique et des chemins de fer. Il aime tellement les trains, que pour ses vacances, il loue un petit appartement, contigu à une petite gare du Massif Central. Il s’est lié d’amitié avec le chef de gare qui lui a trouvé un local désaffecté pour installer un vieux piano sur lequel il peut jouer tous les jours.
M. J, que le boogie nourrit assez mal malgré son talent, passe tous ses étés dans ce village au grand bonheur des cheminots locaux : ceux qui fréquentent cet endroit où passent encore quelques circulations viennent l’écouter dès qu’ils le peuvent.
L’amitié aidant, l’idée d’un concert dans la gare ouvert à la population locale se fait jour. M. J contacte des amis jazzmen qui ne sont pas des moins célèbres et que l’idée enchante.
Les musiciens seraient installés sur un quai, les spectateurs sur celui d’en face, en plein air.
C’est la fin de l’été et la saison des orages est là, tout le monde se rend bien compte que l’absence de couverture de la gare va rendre impossible le concert.
Le chef de gare prend alors la décision qui s’impose et donne ses ordres. Démarrage du locotracteur, un peu de manœuvre et voilà l’orchestre à l’abri, dans un wagon, portes grandes ouvertes et le public dans d’autres voitures sur une voie plus loin avec juste le recul nécessaire pour ne rien perdre du spectacle.
La fête a été totale. Je n’y étais pas, mais le bonheur de M. J quand il me l’a racontée parle suffisamment. Cet homme m’enchante. Je le reverrai plusieurs fois avec autant de plaisir. Il m’a fait cadeau de deux de ses disques, dont un sur le thème ferroviaire, avec des rythmes fabuleux.

Aldo

 
Détecteur d'incendie PDF Imprimer Envoyer
Écrit par michael02   
Vendredi, 02 Octobre 2009 21:48



Ma mère, factrice aux écritures, est affectée au poste de standardiste de la gare depuis trois ans. Récemment la SNCF a remplacé l'ancien meuble du standard téléphonique à fiches par un autocommutateur tout neuf, toujours prévu pour 2 opérateurs. Une des nouveautés, c'est que les appels entrants arrivent directement dans le casque et qu'il faut vraiment être disponible et ne pas déposer le casque sur la table ... Il y a bien la possibilité de mettre en route une sonnerie, mais ce n'est pas trop bien vu, et surtout impraticable quand il y a deux opératrices ou de trop fréquents appels. Autre contrainte, c'est la phrase à prononcer pour accueillir l'appelant extérieur, c'est à dire de la ligne PTT : de l'habituel et naturel "Gare de Montluçon, j'écoute", il faut désormais évoluer vers "Bonjour, ici gare de Montluçon, à votre service ..."

Il faut s'y faire et ça ne va pas de soi ...

D'autres consignes ont été données, mais une au moins a été oubliée... ou mal entendue. Et puis surtout, ma mère revient ce jour là de ses congés annuels.

Outre le changement de technologie, le bureau a été rénové du sol au plafond. La plupart du temps, selon les horaires en 2*8, il n'y a qu'une opératrice en fonction, avec parfois le renfort d'un autre agent lors des incidents notamment.

A midi, et le soir, il est habituel que l'agent prépare sur place la gamelle du déjeuner ou du souper ... et ce jour là c'est la première fois dans le local totalement rénové. Comme à l'accoutumée ma mère branche le petit réchaud électrique, et met son récipient à réchauffer... et à ce moment, bien sûr la sonnerie du standard retentit. Ma mère rejoint donc sa position, remet son casque et prend l'appel...

La communication dure depuis quelques instants, lorsque le contenu de la casserole sur le réchaud se met à fumer... et c'est alors que le détecteur se déclenche, douchant généreusement l'installation...

L'interlocuteur au téléphone doit entendre quelque chose comme un hurlement qui a aussi pour effet de faire accourir quelques collègues... qui  arrêtent le dispositf avant que tout ne soit inondé ...

"Trempée comme un soupe" comme il se dit dans le parler local, ma mère n'a d'autre choix que de prévenir mon père de lui apporter aussi vite que possible de quoi se changer ...

Et, c'est ainsi que ma mère fut sensibilisée à la prévention contre l'incendie !!! Quant aux indications relatives aux fumées et dégagements de chaleur, elles n'ont été apposées que quelques jours plus tard !


 
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